Bienvenue sur cette histoire !

J'espère que vous la lirez jusqu'au bout et qu'elle vous plaira.

Elle est sérieuse et sombre.


Résumé


Alwine n'a pas de vie véritable. Elle ne sait comment extérioriser ses sentiments et est considérée par les autres comme une menace. Mais au fil du temps, elle trouvera un moyen de se sentir mieux. Seulement, cela fera d'elle une véritable hurluberlue. Tentera-t-elle de résister à la découverte de cette nouvelle passion ou préférera-t-elle continuer sa vie telle une zombie ?


Les dessins seront tous de moi. Je préviens des suites.

Mon autre histoire
: X

Le blog bonus : X


Héloïse


# Posté le mercredi 23 avril 2008 15:03

Modifié le jeudi 26 février 2009 22:07

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Faites votre pub ici dans l'espoir déchu que cela marche...






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# Posté le mercredi 06 août 2008 19:03

Modifié le vendredi 23 janvier 2009 19:40


Rappel

-Les commentaires rageurs seront validés mais les vampires que sont mes amis, lecteurs et moi-même ne vous laisseront aucune chance...pensez vous que ça vaille le coup, de taper sur des touches méchamment pour se faire recevoir...vraiment ?

-Les pubs sur les articles chapitres ne seront pas tolérées.

-Les critiques constructives seront acceptées et approuvées.


Bonne lecture mes amis

# Posté le mercredi 06 août 2008 19:05

Modifié le vendredi 23 janvier 2009 19:48

Chapitre 1 : Un sommeil comateux


"Driiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing"

A fait la sonnerie.

Ceux qui dormaient ont sursauté, ceux qui attendaient ont bondit de leur chaise, ceux qui suivaient ont répliqué, lèches-bottes, un "déjà" qui plut au professeur.
Alwine, quant à elle, avait toujours le stylo en l'air. Elle n'avait pas bougé d'un cil.
Elle, avait fait les trois. Elle dormait, attendait et suivait.
Elle avait endormi ses pensées, attendait le moment où elle allait enfin bouger ses semelles pour rentrer chez elle, et suivait le cours en espérant comprendre plus que le tiers cette fois-ci.
Sans se remuer, elle jeta un coup d'oeil à l'ensemble de la classe, qui diminuait à toute vitesse, puis se décida à ranger ses affaires. Elle n'avait pas touché à son carnet aujourd'hui, elle progressait.
C'était un petit carnet rouge sombre bordé de noir. Elle y mettait tout ce qu'elle trouvait susceptible d'être intéressant et y faisait son compte-rendu. Sa plus belle trouvaille était une feuille couleur rouge sang, ramassée en hiver, la dernière tombée de l'arbre à la lisière du bois, l'arbre le plus près de chez elle.
Alwine avait décidé de ne plus compléter son carnet en cours, faute de chutes de ses notes. Elle ne voulait pas décevoir sa grand-mère qui la trouvait très inquiétante.
Les parents d'Alwine étaient morts. Sa mère, en la mettant au monde. Son père, d'un infarctus il y a de cela six mois. La jeune fille avait été très attristée car son père l'aimait fort, il ne la jugeait pas, et partageait beaucoup de choses avec sa fille unique. Lorsqu'Alwine a appris sa mort, elle s'est crispée de tous ses muscles pour ralentir la progression douloureuse du déchirement de son coeur.
À l'enterrement, elle n'avait pas cillé. Les larmes ne coulaient pas de ses yeux, elles se métamorphosaient en cellules invisibles détruisant ses espoirs.
Où allait elle habiter ? Sa grand-mère maternelle l'a accueillie de bonne grâce, mais comptant sur le jeune âge d'Alwine pour l'aider. Cette dernière l'avait toujours fait, non sans mécontentement, et ne montrait pas son agacement profond. Alwine détestait sa grand-mère, car celle-ci avait toujours dit du mal de son père.
Alwine n'était pas comme "les autres", et elle s'en fichait. Elle avait sa vision des choses, pour elle, "les autres" ou plus personnellement "les papillons" (comme elle les surnommait), ne savaient que fuir la vraie originalité. Elle les surnommait "les papillons" car plus elle progressait temporellement dans le milieu scolaire, plus cette comparaison fonctionnait.
"Les autres sont des papillons dont le vol est irrégulier" avait elle songé.
Les papillons n'autorisaient pas Alwine à faire partie de leur vol. Alwine ne volait pas : elle était comme un mille pattes, chaque patte étant une illusion dérisoire.
Alwine était ignorée ou le sujet de chuchotis écoeurés. Elle ne s'habillait pas comme les papillons. Elle ne mettait que de vieux habits rappelant l'époque médiévale. Des habits de sorcière médiévale, que sont père avait payés une fortune.
Les papillons l'avaient critiquée, embêtée, mais lorsqu'elle les a regardés avec ses yeux vides, ils l'ont lâchée. Ses yeux étaient inexpressifs au possible mais laissaient entrevoir une grande cruauté. Personne n'essayait d'embêter Alwine. Pas même les élèves populaires. Ils disaient du mal d'elle dans son dos, mais personne ne lui faisait savoir de vive voix.
Alwine était pourtant très jolie. Effroyablement jolie. Ses cheveux bruns/gris ondulaient jusqu'au buste. Ses yeux constamment maquillés d'un trait noir étaient gris clair pailletés de jaune.
Elle avait un grain de beauté sur la pommette gauche, et une cicatrice sur la droite.
Lorsqu'elle était petite, un chien excité lui avait sauté au visage. Il ne lui avait pas fait grand mal, mais Alwine n'oubliera jamais cette épisode de sa vie. Sa cicatrice était et restera l'interrupteur de son souvenir.
Son arcade sourcilière était ornée d'un piercing métallique. Alwine n'avait pas trop approuvé l'idée d'avoir la peau percée à jamais mais le port de ce bijou lui apportait une sensation agréable. Elle se l'était fait faire à ses quinze ans, ayant lourdement insisté pour l'avoir. Son père avait finalement soupiré et payé la perceuse. Sa fille chérie méritait d'être heureuse vu qu'elle n'avait jamais eu de mère.
Alwine avait un collier en forme de cercueil. Elle n'était pas morbide, mais c'était la miniature de celui où résidait actuellement son père. Ses oreilles légèrement décollées étaient décorées d'araignées somptueusement noires. Alwine ne mettait rien d'autre niveau bijoux.
Côté corps, Alwine n'avait ni beaucoup de poitrine, ni de taille très fine, ni de ventre plat comme la mer à Nice. Par contre, elle était haute sur pattes, et ses jambes étaient plus belles que celles d'une biche. Longues, souples, sinueuses lorsqu'elle les pliait, et musclées.
Alwine aimait courir pour se dépenser, son poids lui était égal temps que ses habits lui allaient.
Là voilà qui rentrait chez sa grand-mère d'un bon pas, malgré sa démarche ressemblant à celle d'un mannequin dont la cheville serait tordue. Elle posait un pied bien en avant, et l'autre se tordait sans lui faire mal. Et peut importait le pied, elle avait pour mauvaise habitude de marcher comme ça. Au fil des années, elle réussit à ne plus se faire d'entorses à force de marcher chevilles tordues en dehors.
Alwine n'appréciait guère la maisonnée de sa grand-mère. L'avantage, c'est que de sa fenêtre, elle avait vue sur le bois. Il 'était pas rare qu'elle voit des renards, son animal favori. Leur rousseur rimait avec stupeur.
Alwine connaissait la stupeur. Elle avait accumulés tellement de sentiments au cours de sa vie sans montrer ce qu'elle en pensait, d'ailleurs elle ne savait pas elle-même quoi en penser. Elle agissait toujours comme une autiste. La plupart des papillons pensaient qu'elle l'était.
Un des papillons s'appelait Antime, il volait moins que les autres, Alwine avait cru distinguer des pattes sous ses ailes. Antime était un garçon tout à fait normal, un peu trop bavard au goût des autres. Alwine avait aimé l'écouter raconter ses histoires de famille, de coeur, de travail. Elle avait intérieurement souri en pensant qu'un papillon ne finirai jamais par marcher, même Antime.
Antime s'est progressivement éloigné d'Alwine, elle s'est souvent demandé pourquoi, il ne lui avait donné aucune explication claire, et la demoiselle ne lui a jamais posé la question. Elle ne lui avait jamais vraiment parlé de toute façon...
Les professeurs d'Alwine avaient été tenus au courant pour sa situation familiale, et toléraient ses habits. Ils angoissaient plus pour son orientation scolaire et son attention en cours. Alwine voulait être plutôt scientifique, elle ne savait pourquoi, le littéraire ne l'avait jamais attirée, et l'économie encore moins.
Alwine excellait en Sciences et Vie de la Terre, du moins elle se débrouillait mieux qu'aux autres matières. Depuis quelques temps, ses notes étaient irrégulières. Il fallait qu'elle se reprenne. Elle aurait bien aimé écouter Antime. Il était toujours mieux que Clara et Aubin, le couple le plus superficiel et exécrable qui soit du lycée. Clara était sublime et Aubin magnifique. Leur beauté et leur richesse quasi certaine étaient les seules choses qu'Alwine avait à leur envier, mais pour tout dire, temps qu'ils ne l'embêtaient plus (c'était déjà arrivé plusieurs fois) et qu'ils étaient heureux ensemble, elle ne se préoccupait pas d'eux. Pour conclure, Alwine était adaptée mais non intégrée dans son environnement scolaire.
Une fois dans sa chambre, Alwine posa mécaniquement ses affaires sur sa table basse, sortit son carnet, le lut une fois de plus pour s'apaiser, puis huma l'air. Le soleil avait rendu l'atmosphère de sa chambre étouffante, elle se précipita pour ouvrir sa fenêtre. Elle vit un renard.
Le plus beau de tous. Les rayons du beau temps, avaient rendu son roux source de lumière. Il était posé entre un arbre et un tas d'herbe, assis sur son flanc. Il prenait son bain de soleil et avait vu Alwine. Il se redressa un peu en ouvrant grand ses yeux or massif. Alwine ouvrit et ferma les paupières doucement pour lui faire signe qu'elle n'avait pas l'intention de lui faire du mal.
Elle ne sut ce qu'il lui prit, elle referma sa fenêtre d'une traite, descendit les escaliers, sortit par la porte de derrière et courut s'enfoncer dans la forêt pleine d'oxygène. Sa grand-mère froncerait les sourcils d'incompréhension, mais tant pis, Alwine voulait vivre en cette fin d'après-midi.
Elle s'allongea contre un arbre et fit fuir le renard qu'elle avait vue. Les pensées qu'elle avait voulu oublier pour les cours revinrent la hanter.
Elle revit le visage de son père, le sourire de toutes les belle-mères qu'elle avait eues, les yeux du chien qui l'avait attaquée étant enfant, l'air résolu de sa grand-mère lorsqu'elle lui avait dit qu'elle la prenait chez elle, l'enterrement de son père, les paroles d'Antime, la réaction des autres quand elle est arrivée au lycée.
Tout cela remuait et torturait longuement son esprit. Elle se sentait mal, elle étouffait, tenta d'expirer proprement , se pencha, eut un haut le coeur et se laissa allonger à terre.
Son sommeil fut comateux. Le noir mystique et imposant soulagea sa conscience.
À son réveil, ce fut comme dans un rêve. Tout semblait aller mieux.
Un rêve cauchemardesque : il faisait totalement noir...



Fin du chapitre 1
Chapitre 1 : Un sommeil comateux

# Posté le mercredi 06 août 2008 19:31

Modifié le jeudi 22 janvier 2009 15:08

Chapitre 2 : Paroles et dires



Alwine eut d'abord peur de se relever dans la crainte de retomber par déséquilibre. Elle cligna des yeux pour s'assurer qu'elle était bien éveillée. Un brin de luminosité apparut. Rassurée, elle se dirigea là où son regard persistait à voir une sortie. Un grognement la fit se retourner vers le noir.
Ce grognement était canin, et tout proche. Bien qu'elle n'était pas sensible physiquement, des frissons parcoururent le corps d'Alwine en un éclair. Elle repensa à sa cicatrice. Une autre de ce genre ne lui plairait pas du tout.
"Un loup..." se murmura-t-elle.
Elle distingua les dents du molosse. Elle ne se rapprochaient pas mais ne reculaient pas non plus. Alwine était inquiète. Et si sa vie allait se terminer à ce point ? Retrouverait on son corps sous les feuilles mortes, à moitié enterrée ? Alwine ne savait que faire de sa vie, alors pourquoi ne pas la terminer ? Pour elle, tout était du pareil au même.
Elle entendu un cri d'appel. La mâchoire du chien disparut, Alwine l'entendit courir en s'éloignant. Ce n'était pas un loup, mais un énorme chien. Elle aurait préféré un loup...
Alwine se retourna et eut bien du mal à retrouver l'obscurité détachée qu'elle avait perdue. Le temps perdu ne pouvait qu'aggraver la nuit noire. Plus de temps à perdre. Alwine regagna la demeure de sa grand-mère avec enthousiasme cette fois. Elle eut du mal à se faufiler dans sa chambre sans faire de bruit et sans se prendre les chevilles dans les coins de meubles. Après quoi, elle retira ses chaussures, et y remarqua qu'une aile de papillon y était collée.
Signe ? Avait elle écrasé ce malheureux insecte ? Quoi qu'il en soit, elle colla l'aile dans son carnet rouge et y raconta de sa plume les circonstances dans lesquelles elle l'avait trouvée.
Cela lui fit penser qu'elle n'avait pas travaillé. Le jour commençait à se lever. Alwine avait beaucoup dormi mais se sentait lasse. En un rien de temps, elle retira ses vêtements, enfila sa nuisette et s'allongea sur son lit. Elle rattrapera demain...
Quelques petites heures plus tard, Alwine entrouvrit les yeux et tenta en vain d'être enthousiaste à l'idée d'aller en cours parmi les papillons. Elle voulait refermer les yeux, ne penser qu'à la plénitude et se rendormir tendrement, elle voulait rêver que son père n'était jamais monté là haut, elle voulait rêver d'une vie plus passionnée, elle voulait rêver de vouloir connaître des choses excitantes.
Mais elle avait promis de se reprendre en main, et contre le gré de sa fatigue, se leva de son lit. Les réveils étaient toujours durs pour elle, qui était plutôt du soir.
Sa grand-mère l'avait elle entendue sortir ?
Alwine découvrit par sa quiétude qu'elle n'avait rien remarqué. Dans un sens, ça l'arrangeait. Dans l'autre, elle était légèrement peinée qu'elle ne se fasse pas de mouron pour elle.
Le petit déjeuner se déroula rapidement, Alwine eut vite fait de se retrouver en train de marcher comme elle l'a toujours fait : bizarrement.
Lorsqu'elle arriva dans l'allée aux casiers, elle y vit Antime qui rangeait ses cours. Il jeta un bref regard sur l'ensemble des élèves et commença à fermer son casier.
Alwine se demanda si elle devait une fois pour toutes lui demander pourquoi l'avait-il ignorée après tant de confidences, après cette complicité. Au moins elle l'aurait fait.
Mais Alwine était fatiguée, et son visage le montrait. Elle laissa passer et voulu remettre ses questions à plus tard. Les cours commencèrent.
Alwine corrigea les exercices qu'elle n'avait pas faits, sans trop les comprendre. De mauvaise grâce, elle tenta de suivre le cours qu'elle s'affolait de ne pas comprendre. Il fallait vraiment qu'elle se reprenne en main et qu'elle arrête d'être un mille pattes.
À la pause, elle ne recroisa pas Antime, à son regret. Elle aperçu par contre la coqueluche de l'établissement : Clara, qui avait une fois de plus mis ses atouts féminins en valeur, encourageant le machisme. Sous ses airs aguichants sommeillait une grande personnalité machiavélique et têtue. Alwine s'en était toujours doutée en la voyant, bien que Clara fasse tout pour cacher son intelligence, comme un piège. Accompagner Aubin ne l'avait pas changée, ce qui prouvait qu'elle n'était point bête, même amoureuse d'un garçon frimeur et convoité. La plupart des autres filles l'admiraient et se coltinaient la place de meilleure amie de Clara, mais chacune d'elles, en secret, la détestait et la jalousait.
"Les gens ont tous une opinion plus péjorative ou plus méliorative qu'ils montrent aux gens" avait pensé Alwine.
Mine de rien, la vie au lycée la préoccupait. Peu, mais quand même.
Elle vit "le" couple s'embrasser fougueusement devant tout le restant des élèves en transe. Alwine haussa les épaules et chercha Antime du regard. Rien.
"J'aurais peut-être dû lui parler avant..." se dit-elle.
L'interclasse étant terminée, les grand porte-queues* regagnèrent en râlant leurs salles de classe. Alwine râla aussi, en baissant de manière lasse la tête. Si seulement tout passait plus vite...
Le moral de la fatiguée remonta petit à petit pendant le cours de Sciences. L'idée de la dissection d'un poisson la motiva cahin-caha, ça changeait, quoi qu'ouvrir une friture était assez débectant.
La sonnerie lui fit dire un "déjà" qui la surprit.
"Je deviens anormale" se dit-elle sans oublier qu'aux yeux des autres, elle avait toujours été anormale.
Elle n'avait même pas touché à son carnet rouge. Il était clair qu'elle ne savait plus ce qu'elle faisait, pourquoi elle le faisait, et ce qu'elle pensait de ce qu'elle faisait.
"Tant que j'y suis, pourquoi ne pas aller attendre Antime ? On fera les devoirs qu'on a en commun ensemble..."
Antime n'était pas dans la classe d'Alwine. Il était dans celle de Clara. Alwine soupira à l'idée de la croiser à nouveau, mais alla attendre quand même.
Le bruit de ses chaussures dérapant sur le carrelage d'une façon ferme faisait un bruit agaçant. Les papillons s'éloignèrent encore plus d'elle lorsqu'elle se déplaça.
Arrivée à la porte de la classe de son ancien ami, Alwine s'adossa contre le mur, vraiment très exténuée. Elle voulut partir mais pensa qu'elle n'avait rien à perdre. Elle se laissa glisser jusqu'au sol pour se reposer.
Elle se rappela alors que son cours se terminait plus d'une demie-heure après le sien. Son soupir fit autant de bruit que l'arrivée d'Aubin.
"Et il fallait que ce papillon ultime arrive..." pesta-t-elle, de mauvaise grâce, même si, au fond, elle s'en fichait. Elle voulait voir Antime.
Après un coup d'½il furtif vers cet ingénu, Alwine baissa la tête pour piquer du nez. Elle se réveillerait à la sonnerie...
-Alors, on rattrape sa nuit perdue Miss Cloporte ?
Alwine ouvrit les yeux d'un seul coup, ce qui fit frémir l'intéressé de surprise.
"Gagné...c'est lui qui a été effrayé." sourit elle, toujours la tête baissée.
Aubin trembla de dégout. Sous cet angle, Alwine ressemblait à une poupée digne de films d'horreur. Lui était juste venu attendre sa belle, qu'il ramènerait chez lui et à qui il ferait l'amour jusqu'au matin.
Aubin avait un visage très angélique, et il le savait. Il lui suffisait de plisser la lèvre et de faire une ½illade pleine de malice pour arracher un sourire de n'importe qu'elle fille. Grand amateur de Basket, il prenait soin de chacun de ses abdominaux. Le prince charmant, qu'on pourrait penser. Mais Aubin était avant tout une personne normale, un papillon, un frimeur, un menteur. Il s'amusait à lancer des vannes et à blesser assez de ses semblables. Rares étaient ceux qui lui avaient confié des secrets, secrets qu'il avait révélé en gaffe ou lors d'une fête bien arrosée. Il sortait avec Clara et ce depuis presque dix mois, record pour lui. On entendait qu'ils s'aimaient vraiment. On entendait aussi que c'était juste pour le plaisir. Tous les ragots étaient sur leur dos.
Aubin avait moins embêté Alwine que Clara. Mais il avait apprécié l'humilier en public. Mais Alwine le fixa comme s'il était responsable de tous les malheurs du monde, et il se calma.
Du moins jusqu'à là...
"Cloporte ?" s'étonna Alwine, dont le sommeil était très pesant.
-Ouais c'est bien à toi que je te parle ! clama-t-il très grammaticalement.
Alwine ne prit même pas la peine de le regarder, elle n'avait qu'Antime en tête.
Vexé par son indifférence, Aubin de tut un moment. Mais cette langue-sur-pattes ne put s'empêcher d'ajouter :
-T'attends quelqu'un hein ?
Alwine se réveilla pour sourire adorablement en murmurant :
-Oui...Antime.
Elle mit ses doigts sur sa bouche. La bourde ! Connaissant approximativement Aubin, elle envisagea une remarque déplacée. Ça n'a pas manqué :
-Ah ce gamin ? T'as passé la nuit avec c'est ça ! C'pour ça que tu dors ! T'as pas dormi et tu vas aller lui dire que c'était juste comme ça, hé hé hé, la cochonne...
Alwine soupira en faisant des va-et-viens avec sa tête. Aubin, si prévisible...
-Bah, ça lui aura fait du bien...quoique avec toi...heurk !
Il la détailla de haut en bas. Il aimait bien ses jambes mais son manque de poitrine et ses habits peu excitants gâchaient tout. Il soupira aussi, et sortit son ballon de Basket de son sac. Il le fit rebondir bruyamment, agaçant involontairement ou non Alwine qui désespérait à tomber dans les bras de Morphée. Au bout d'un moment, elle s'énerva et grogna.
Au lieu de prendre peur, le Basketteur éclata de rire, très narquois :
-Hey l'Ours, tu peux l'appeler si tu veux le plaquer, j'ai son numéro, tu le veux ?
"Je n'ai pas de portable" avoua Alwine dans ses pensées.
Soudain, la sonnerie les fit tressaillir tous les deux. La porte s'ouvrit dans un fracas immense, débordante d'élèves les plus pressés les uns que les autres.
Clara devint radieuse à la vue de son bien-aimé. Elle se jeta dans ses bras et lui fit un baiser monumental. Alwine passa la tête par l'encadrement de la porte pour vérifier. Antime notait la fin de son cours en vitesse, aussi lent qu'un escargot. Alwine pencha la tête et alla le voir.
Une fois ses cours notés, Antime ramassa son sac et se leva...pour s'arrêter deux millimètres devant la belle.
Antime avait un an d'avance et ne faisait pas son âge. Il n'était pas gâté par la nature mais savait être émouvant. Il avait l'habitude de sourire
Il était assez accepté par les autres du fait qu'il était mignon, et qu'il était gentil et impulsif. Alwine avait été séduite par ses paroles franches qu'il lui avait racontées sur sa vie. Alwine aimait l'écouter et rester à ses côtés. Il lui manquait beaucoup.
Surpris, Antime balbutia :
-Al...Alwine ? Que...qu'est ce que tu fais là ?
Il avait une manière si touchante de parler. On retrouvait l'innocence de l'enfance dans son être.
Alwine ne trouvait ses mots. Elle avait tant ravalé ses dires depuis quelques années, que sa gorge avait oublié comment formuler une phrase correctement en accordant le ton.
"Peu importe" lança-t-elle en oubliant d'ouvrir la bouche.
Antime la regarda, puis vérifia qu'Aubin était parti. Le professeur rangeait ses affaires et n'allait pas tarder à s'en aller. Il fallait faire vite.
-Alwine...pourquoi t'es là ?
-Je...je voulais te demander...
Il la regarda, de ses yeux brillants. Sa tête était levée à cause de sa petite taille.
-Pourquoi tu ne me parles plus, Antime...
Il baissa la tête, ramassa ses affaires et commença à partir.
Oubliant ses problèmes de diction, Alwine attrapa son épaule fermement.
-S'il te plait...
Ne pouvant se dégager, Antime se retourna et lui prit la main. Soudainement, il se mit à courir avec elle dans les couloirs pour s'arrêter dehors.


Fin du chapitre 2

*synonyme de Papillon






Chapitre 2 : Paroles et dires

# Posté le vendredi 08 août 2008 09:39

Modifié le jeudi 22 janvier 2009 14:33

Chapitre 3 : Une intimité interdite


Antime était largement plus petit qu'Alwine, ce qui obligeait cette dernière à plier le dos pour courir avec lui. Elle de demanda pourquoi il voulait lui parler dehors. Avait-il honte de lui parler ? Avant, il s'en fichait.
Ils étaient arrivés sous un arbre. La même espèce que celui qui lui avait produit la feuille rouge sang, trophée de son carnet.
"Heureuse coïncidence" se dit elle en regardant les feuilles rouges voler au gré du vent.
Antime leva la tête. Alwine lui avait tellement manqué. Il voulait lui parler depuis tant de temps qu'il avait l'impression que plus d'un siècle s'était écoulé depuis leur dernière discussion. Le blanc de ses yeux scintillait. Il lui avait lâché la main et il le regrettait déjà. Il se mit à regarder dans la même direction qu'Alwine, les feuilles bougeant lui paraissaient assez horrifiques.
"Pourquoi..." se questionna Alwine, pensive.
Antime ne pouvait pas le dire à Alwine. Il ne pouvait pas tout lui avouer, ce serait le rendre encore plus immature qu'il ne l'était, par rapport aux autres. Il ne voulait pas raconter une chose pareille à Alwine, elle ne comprendrait pas, elle ne réagirait pas de la façon dont il faudrait. Non, Antime devait masquer la vérité.
Mais Alwine lui avait parlé, de sa voix étouffée et sérieuse. Il lui devait bien une explication. Mais il ne devait pas céder...pas céder...pas céder.
Alwine fixait intensément les feuilles ensanglantées. Elle attendait sa réponse et elle savait qu'elle l'aurait. Lorsqu'Antime prit une de ses inspirations, elle tendit l'oreille.
-Je...je pensais que tu t'en fichais. Que...que je te gênais à te raconter des trucs.
Il baissa la tête. Il se sentait bête, méchant, idiot. Il marchait à tâtons, au hasard, parce que personne, non, personne, pas même elle-même, ne pouvait savoir comment allait réagir Alwine.
"Pourquoi me gênerais tu ?" demanda Alwine avec ses yeux.
"Cette réponse est absurde" se renfrogna-t-elle
-Tu ne m'avais rien dit jusqu'à là pour me retenir ! riposta Antime qui avait profité de l'occasion pour relever la tête avec impulsion.
La jeune fille fonça les sourcils. Elle croyait qu'il la connaissait. Elle croyait qu'il savait qu'elle ne parlait que lorsqu'une feuille tombait, qu'une araignée tissait sa toile, qu'une fourmi hissait le cadavre de sa s½ur sur son dos. Elle était déçue.
-Dis quelque chose, Alwine ! l'incita le jeune garçon.
-Je ne voulais pas... lâcha Alwine d'une traite.
Antime sourit. Ce moment lui enrobait le c½ur, laissait son corps à terre et faisait voler son esprit libre dans le nuit jusqu'aux étoiles.
Il lui reprit la main avec tendresse pour qu'elle ne ressente pas de brutalité.
-Tu ne crois pas que tu aurais dû me le dire plus tôt ?
Alwine regarda sa main, puis Antime. C'était vrai, elle aurait dû lui dire. À l'époque, elle n'en voyait pas l'utilité. Elle admettait avoir eu un comportement un tantinet bênet avec lui. Et puis, Antime paraissait si honteux qu'elle avait un peu de compassion.
-Si...tu m'avais...ennuyée...je...te l'aurais dit.
-D'accord. murmura le garçonnet.
Il leva leurs mains et contempla celles de son amie. Elles étaient exigues, fines et lisses. Ses courts ongles blancs taillés en pointe faisaient penser à des griffes. Pourtant, Alwine n'avait pas l'air d'une tigresse, mais son regard laissait entrevoir une ressemblance féline.
Antime était sur qu'Alwine pouvait bien être l'½uvre d'un sculpteur. Elle était tout simplement fascisante, captivante, palpitante, attachante, et surtout...attirante.
Du moins, c'est qu'Antime voyait en elle. Sa vision était déformée par ses sentiments indistincts. Il ne percevait que le côté attrayant de la belle. Il ignorait l'existance sordide de l'inhumanité d'Alwine. Elle même l'ignorait encore. La moindre de ses impressions était automatiquement mise au silence, comme jetée aux oubliettes.
Mais la beauté sournoise de l'harmonieuse le déstabilisa.
-Alwine...je...
Il souffla un juron. Par quel moyen pouvait il lui développer le problème ? Pour lui, mieux valait simplifier la vérité.
-Je pense que personne ne doit nous voir ensemble.
Interdite, Alwine durcit son regard, ce qui fit presque bégayer le bref.
-Mes parents ne veulent pas que je sorte avec une fille, et des camarades pourraient nous balancer...donc, on devrait faire comme si de rien n'était au lycée...juste être naturels entre nous quoi...
-Très bien. Convint Alwine sans problème. Elle non plus ne voulait pas se faire importuner par un quelconque papillon déviant sa trajectoire de vol.
Antime retrouva son éternelle joie de vivre. Il visait haut les lèvres de la jolie, mais il avait bien trop d'appréhension, de sa réaction. Il se contenta d'un regard voluptueux dans le blanc des yeux soulignés d'un trait noir d'Alwine.
"Que me fait il ?" S'interrogea elle, ignorant l'amour sous toutes ses formes.
-Je dois rentrer. À demain. chuchota-t-il.
Il partit en se retournant. Deux fois, Alwine avait relevé.
Elle partit dans le sens inverse, buttant sur une pierre et tombant à la renverse. Sa robe était désormais immaculée de terre au niveau des genoux. Elle pesta dans un soupir, puis resta à terre pour identifier la pierre. Sa déception fut grande lorsqu'elle s'aperçut de la laideur de la roche. Elle était encore tant dans son univers qu'elle n'entendit pas le friselis produit par les chaussures de Clara.
Clara s'était séparée d'Aubin quelques instants car ce dernier avait omis son sac de sport dans son casier, ce qui le ferait sentir fortement étant donné son récent usage.
Clara observa Alwine de ses prunelles en amande. Elle se demandait ce qu'elle pouvait bien faire, assise dans la terre, à inspecter une pierre. Oui, elle avait bien fait de la ridiculiser en début d'année. Cette fille était tarée. Toutefois, par pitié, elle lui tendit la main.
Main qui resta en l'air, car Alwine refusait l'aide d'une hypocrite.
En voyant Clara, ses pupilles se rétrécirent d'étonnement, mais elle ne bougea pas. Elle se releva solennellement, examinant la splendide Clara.
"Pourquoi se rend elle aussi vulgaire ?"
Clara était si jolie. Une poupée animée, comme disait son bien aimé. Clara aimait Aubin de tout son c½ur, mais cet amour n'avait aucune intimité, il était toujours montré, aussi intense que ça pouvait être.
-Qu'est ce que tu fabriques, toi ?
Alwine haussa un sourcil. Ses babines se redressèrent, ce qui éveilla la curiosité malsaine de la bimbo.
"Elle est complètement maboule, elle ! Elle se prend pour quoi, une lionne ?" s'indigna Clara.
-Ma poupée, c'est bon, t'es où ? retentit la voix d'Aubin, joyeuse.
Le visage septique de Clara s'émerveilla. Elle se redressa, puis chercha son amour du regard.
"Ma poupée...qu'est ce que c'est...banal" plaisanta Alwine avec sa conscience.
Aubin se fit voir, dans la nuit, sa blondeur reflétant la lune. Il demanda d'une voix assez stupéfaitement amusante :
-Euh vous foutez quoi là ?
Alwine regarda Aubin, puis Clara. Pour rien au monde, elle ne voudrait les ressembler. Elle préférait de loin sa relation avec Antime, timide et cachée, qu'une relation au grand jour, et superficielle.
-Elle regardait une pierre, cette timbrée. rit Clara sournoisement.
Contre tout attente, Aubin n'eut pas le même rire. Évidemment, c'était très drôle pour lui, mais il pensa avant tout à la raison de la présence d'Alwine.
-Et Antime ? Y est parti ?
Surprise, Alwine entrouvrit les lèvres. Lui parler d'Antime était maintenant défendu. Qu'allait elle répondre ?
-Laisse tomber, elle parle pas ! clama la méchante Clara
-Si, une fois elle m'a causé. affirma Aubin, buté
-D'où elle te cause ? vociféra la blondinette, jalouse
-Ben je lui cause, donc elle me répond. Faut pas oublier que je suis AUBIN ! se vexa ce dernier.
-Frimeur, va ! lui caressa-t-elle les cheveux amoureusement
-Ma chérie, ce soir tu vas vibrer ! annonça-t-il en la prenant par la taille
-Arrête ! ria-t-elle aux éclats
Alwine préféra profiter de leur instant profondément pitoyable selon elle pour s'esquiver.
Aubin la regarda partir, avant d'embrasser langoueusement la fille qu'il aimait le plus au monde.
Dans sa marche, Alwine se mit à éclater de rire, de plus en plus. Elle riait pour rien, pour tout. Elle en rit à en pleurer. De l'eau salée trempa ses yeux, elle extirpa ses larmes d'un coup de main, avant de se rendre compte qu'elle avait rit, puis pleuré. Indécise, elle regarda sa main mouillée par...ses larmes ?
Son âme venait de s'exprimer. Pour de bon.


Fin du chapitre 3



Chapitre 3 : Une intimité interdite

# Posté le mardi 09 septembre 2008 16:17

Modifié le jeudi 22 janvier 2009 15:33

Chapitre 4 : Rebondissement

Alwine sentit son coeur défaillir. Sa main brillait au reflet de la lune. Des larmes, il n'en avait pas jailli depuis des années de ses yeux. Elle se demandait comment et surtout pourquoi, elle a réagi de cette manière. Antime, Aubin ou Clara ? Ou elle-même ? Elle n'avait cependant rien fait de spécial. Cette nuit était la plus belle de toutes celles qui avaient suivi la mort de son père. Alwine savait qu'Antime y était pour quelque chose, mais penser à lui ne lui faisait pas plus de frissons que de penser à Aubin. Le mot "amour" ne lui vint même pas à l'esprit. Elle ne se demandait même pas pourquoi ils devaient se parler en secret. Alwine avait toujours accepté ou refusé quelque chose de bien ou mal sans se demander pourquoi. Elle détestait se poser des questions.
Alors pourquoi se demandait elle la raison de ses pleurs ?
Apeurée, elle regagna sa maison en prenant garde à ne pas trébucher à cause de n'importe qu'elle pierre. Sa grand-mère dormait déjà. Alwine ne mangea pas. Elle termina un devoir simple pour son niveau et alla se coucher, le sommeil lui vint facilement.
Cette nuit là, elle rêva...mais oublia son songe.
La sonnerie de son réveil-matin fit sursauter ses paupières. Contrairement à la veille, elle était assez motivée pour aller en cours. Elle ignorait pourquoi, même si son subconscient avait une vive idée.
Sa grand-mère lui dit bonjour de sa voix aigre, Alwine répondit machinalement. Elle n'avait jamais vraiment aimé sa grand-mère. Elle savait bien qu'elle l'avait prise en charge pour l'aider dans les tâches ménagères. Peut-être aussi par pitié. Dans tous les cas, Alwine ne se sentait pas aimée. La seule personne l'aimant était morte, elle n'avait aucun soutien. Subitement, elle pensa :
"Antime" dans une idée
Elle avala rapidement des pâtisseries et se lécha les babines. Son appétit était féroce ce matin.
"Ce n'est pas comme ça que tu perdras ton ventre !" fit remarquer la vieille dame d'un ton critique
Alwine fit un sourire. Elle s'en fichait. Elle avait grossi ces temps-ci, d'accord, mais qu'est ce que ça pouvait bien lui faire, à sa grand-mère ?
"Sa mort prochaine la terrifie" murmura elle dans sa tête
Après avoir gloutonnement mangé, la jeune fille alla enfiler ses vêtements et se débarbouiller. Elle maquilla ses yeux de biche, et se pesa. Elle éclata de rire intérieurement. Elle avait pris du poids. Sa grand mère était sans doute une crétine sourde, mais elle voyait bien.
Lorsqu'elle sortit, elle aperçut Adolphine, une élève de sa classe, passer. Adolphine avait eu droit à de sévères moqueries dûes à son prénom, et à ses tendances suicidaires. Adolphine ne prenait pas soin d'elle mais n'était pas laide pour autant. Elle s'habillait assez normalement mais ses tentatives répétées repoussaient les papillons qui avaient peur de souffrir s'ils s'attachaient à elle et qu'elle tombait. Alwine avait bien une ou deux fois sourit à la malheureuse, mais cette dernière n'en fit rien. Leurs prénoms et traitements se ressemblaient, mais Adolphine déclinait chaque contact. Au bout de deux refus, Alwine laissa tomber. Après tout, c'était de sa faute si elle était sans amis et qu'elle pensait que personne ne l'aimait.
Adolphine croisa le regard d'Alwine et s'arrêta un moment. Elle avait mis des vêtements plus courts aujourd'hui, découvrant ses mollets. Alwine déchiffra le genre de pensées qu'Adolphine avait en la regardant.
"Pourquoi a-t-elle mis ça aujourd'hui ?"
Ce à quoi Alwine répondit :
-La chaleur, n'as tu pas senti à quel point le soleil cognait ?
La suicidaire haussa un sourcil et remonta ses mitaines nerveusement. Oui, il faisait chaud. Mais elle était obligée de porter ses demi-manches pour masquer ses marques de la honte. Elle vit qu'Alwine était de bonne humeur mais vit aussi qu'elle était très perspicace. Elle parut terrifiée.
Alwine haussa légèrement les épaules. Elle aimait sa vie, elle.
Elle reprit son chemin d'un bon pas, en marchant à sa manière.
Soudain, un brusque froissement de feuilles la fit sursauter. Elle se retourna, sur le qui-vive.
-Hey c'est bon j'vais pas te tuer !
Clara. Alwine ne fit rien mais un millier de soupirs se firent intérieurs. Clara...qui s'était tellement moquée d'elle la veille. La jeune femme avait mis un haut moulant, transparent et blanc, montrant son soutient gorge provoquant.
"Pourquoi encourage-t-elle les mâles à la lorgner ainsi ?" se questionna Alwine.
Clara la regardait de son petit air pincé, comme si Alwine avait senti mauvais. Son piercing nasal brillait comme un ½il malveillant. Alwine s'était promis de ne jamais se faire percer la peau.
Cette dernière baissa la tête qu'elle avait lourde. Clara le prit comme un geste de soumission, elle fit un sourire comblé. Elle avait mit un court short moulant lui aussi.
"Désespérante cette fille..."
-Bon alors qu'est ce que tu fais ici toi ? entama Clara
Alwine la regarda, stupéfaite. Elles étaient à quelques dizaines de mètres du lycée !
Mais alors elle comprit qu'elle posait des questions idiotes pour la faire parler, étant donné que seul son amour d'Aubin avait obtenu des réponses. Alwine préférait parler à Antime. Lui, au moins, la prenait au sérieux et la comprenait.
Elle se résigna à répondre.
-Tu sors avec Antime ?
Un choc retentit dans la poitrine de la jeune fille. Aubin avait vraiment pris ça de travers.
Clara regardait Alwine avec clarté.
-Tu peux me le dire hein, je vais pas te faire chier avec ça. Tu couches avec qui tu veux, même un gosse. Je vais pas t'en empêcher, si c'est lui.
Alwine émit un petit rire. Tant de gros mots et d'absurdité en deux phrases. Dites avec sérieux de plus.
"Coucher", quel verbe laid pour l'acte charnel. se dit elle.
Elle repensa à Antime et à ce que venait de dire l'aguicheuse. Elle n'avait aucune envie de faire l'amour, l'occasion ne s'était pas présentée et elle s'en fichait. Parfois, elle se demandait comment c'était mais le hic étant le garçon. Antime était encore innocent, elle se sentait aussi innocente que lui lorsqu'elle était avec lui.
Elle se rappela que la veille, Aubin et Clara s'étaient fait de gros sous-entendus. Elle sourit de plus belle, imaginant la nuit passé pour ces deux insectes.
-Putain mais tu vas me parler ou quoi ? s'insurgea Clara
-Je réfléchissais. répondit simplement Alwine
Hors de question qu'elle s'excuse à cette fille. Et puis quoi encore ?
Le vent se leva. Elle sentit une présence bientôt là.
Lui...
Il arriverait bientôt. Vite, il fallait omettre Clara.
-J'ai oublié quelque affaire, j'y vais. Fit elle.
-Quelle gourde ! Bon file tu vas te prendre un retard ! tomba Clara dans le piège.
Ne se faisant pas prier plus longtemps, Alwine courut vers le vent. Ses cheveux ternes s'emmêlaient à son gré, sa jupe se relevait avec grâce. Les lacets sandales nouées autour des chevilles volaient dans son élan.
Tout à coup, elle pila pour stopper sa course. Elle vit arriver Antime qui possédait un énorme sac. Il avait dors et déjà son béret. Elle le trouva malicieusement adorable. Des fossettes se creusèrent dans ses joues. Cette sensation inhabituelle lui fit du bien.
Antime passa devant elle sans faire attention pour recula. Il bondit sur place et sauta dans sa direction. Son gros sac le déséquilibrant, il tomba à la renverse en s'accrochant à son amie. Alwine était restée de marbre et n'avait pas basculé. Antime se demanda si elle n'était pas une statue vivante, puis se releva.
Il fit un grand sourire.
-Bonjour !
Alwine lui répondit par l'essai d'un même sourire.
-Bonjour...
-Comment vas tu depuis hier ?
-Bien...et de ton côté ?
-Super ! Sauf qu'aujourd'hui j'ai une grosse journée ça va être dur !
"Courage mon Antime..." murmura-t-elle tendrement en son for intérieur.
-Franchement je m'épuise moi à force de finir de bosser à 18 heures pour rentrer à 19 heures et rebosser pour le lendemain ! C'est trop dur ! J'arrête pas de manger pour tenir le coup mais je forcis même pas ! Et puis le sport ça me soule, parce que le prof croit que dès l'instant qu'on est un garçon, on est trop fort. En plus, il mate trop Clara. Enfin, tous les gars matent Clara. Sauf moi. Elle est moche.
Alwine éclata de rire.
Antime n'y croyait pas. Son Alwine avait rit ! Et c'était lui qui l'avait faite rire ! Il avait une envie folle de sauter à cet instant.
-Elle ?
-Ouais, c'est une allumeuse. Chuis sur qu'avec Aubin ils font que des trucs craignos.
La jeune fille réfléchit. Clara et Aubin étaient tellement bien ensemble. Aubin n'avait pas inventé l'eau chaude et était obsédé, Clara était machiavélique et mettait ses attributs féminins en valeurs. Des personnes complémentaires. Comme des angles. Alwine était elle complémentaire à Antime ?
-Ils vont bien ensemble...fit elle remarquer
-Ah que oui ! Mais chuis sur qu'ils vont se tromper, si c'est pas déjà fait !
Alwine sourit. Que d'histoires, que d'histoires aux yeux de tous importantes mais négligeables face aux véritables problèmes de la vie, elle se souvint des camarades d'une de ses classes qui soutenaient une élève qui venait de se faire jeter par son petit ami au bout de deux semaines. Elle, elle avait perdu son père, les autres le savaient mais ne lui avaient rien dit. Le monde est cruel, elle se l'était toujours dit, alors pourquoi ne pas l'être aussi ?
-Alwine, ça va ?
Pour répondre objectivement, la jeune fille lui sourit.
-Ouais...écoute il faut que je me dépêche ! La sonnerie va bientôt sonner là, et si on me voit arriver avec toi on va me chambrer ! A tout à l'heure !
Il détala en se retournant une fois, laissant Alwine seule.
Peut-être pas toute seule...
Elle se retourna et vit un jeune homme au regard indélébile qui l'observait, une cigarette aux lèvres. A demi fascinée par l'élégance qu'il avait, Alwine lui lança le même regard. Puis elle fit un pas dans sa direction, un sourire désastreux aux lèvres.


Fin du chapitre 4


Chapitre 4 : Rebondissement

# Posté le jeudi 25 septembre 2008 15:17

Modifié le jeudi 22 janvier 2009 15:50

Chapitre 5 : Lynx et psychopathe

Le regard rempli de fierté, Alwine porta ses yeux sur le jeune homme. Depuis combien de temps la regardait il ainsi, avec cet air hautain et admiratif ? Il bougea les lèvres pour faire tomber de la cendre. les pupilles d'Alwine suivirent cette minuscule partie de la cigarette. Elle pensa à sa vie, sa vie qui n'était qu'une cigarette se consumant lentement...si lentement...
-T'en veux une ? jeta le garçon, sortant son paquet.
"Des Gitanes en plus..." se dit Alwine, étant elle-même surprise de sa connaissance en tabac. Elle hésitait. Fumer était mortel mais ça elle s'en fichait, la raison d'un refus était que l'odeur de la cigarette la dégoutait, l'énervait paisiblement, réduisait son état d'esprit en cendres vis à vis de son corps...
Elle fit non de la tête. Le fumeur mit la deuxième cigarette entre ses lèvres, fredonnant, allumant la deuxième avec son briquet rouge sang. Alwine aima la couleur. Elle aimait bien aussi le physique du jeune, beau bien que morbide. Elle fit glisser son regard sur lui tel un jet d'eau.
Il avait les cheveux brun-roux foncé, très foncé, dont seul le soleil révélait la couleur. ils étaient raides et brillants, arrivant jusqu'à la moitié de son cou.
De grosses cernes maquillaient naturellement ses yeux, yeux entourés d'un trait de khôl noir. Alwine ne put distinguer clairement la couleur de ses iris, elle était tout simplement incroyable, la couleur d'un oeil de loup, sombrement orange, elle ignorait l'existence d'une telle couleur dans l'oeil de quelqu'un.
Son nez était légèrement gros et rond, il n'était la partie la plus jolie de son visage. Sa bouche était pulpeuse, auquel le port d'une cigarette allait à merveille. Il était vêtu d'un pantalon de cuir noir, ainsi que d'un manteau de velours noir ne couvrant que son torse nu, où pendait un médaillon où trônait un crâne, ou appelé '"tête de mort".
"Un véritable rebelle" sourit Alwine.
Néanmoins, il lui plaisait assez. Il était juste trop glauque à son gout. Elle alla s'adosser à côté de lui, contre un arbre aux feuilles rouges, malheureusement jaunâtres, prêtes à tomber.
-Moi c'est Joshua, mais je déteste mon prénom fit il pour entamer la conversation avec un fort pessimisme.
-Alwine...
-Alwine, tiens je ne connaissais pas ça, Alwine, c'est joli, court, en symbiose avec ta personne. Tout ce que j'ai récolté grâce à mes parents c'est un prénom digne d'un beau gosse de série télé américaine...
Un petit rire échappa à la jeune fille. Il parlait un peu comme Antime, mais en plus adulte, en plus sexy.
-Et pourquoi tu traines avec un gosse comme ça ? demanda Joshua avant de souffler sa fumée.
Le désarroi s'empara d'Alwine. Que de superficialité, que de "papillon" dans ces paroles, il avait tout flanqué par terre et écrasé avec ses chaussures grosses comme des bottes de militaire.
Elle ne voulait pas lui répondre, elle se contenta de baisser la tête, le vent écartant ses mèches de cheveux, découvrant son si joli visage.
"Un piercing, tiens ça m'étonne d'elle" se dit Joshua.
Il n'avait pas volonté d'abandonner sa question.
-Il en pince pour toi, tu crois ? C'est un hypocrite, il te trahira.
"De quoi se mêle il, celui-ci ?" s'indigna-t-elle profondément.
Antime, amoureux d'elle ? Sans doute, mais elle ne savait que penser de lui, de son soit disant amour, il était encore immature bien qu'intelligent. Et puis, au fond, Alwine était elle capable d'aimer ? Toute sa vie n'avait été basée que sur l'estime qu'elle avait d'elle-même, elle ne pourrait renoncer à son égoïsme caché.
-C'est un conseil, je te demande simplement de t'en souvenir.
"Entendu, de toute façon que puis je faire d'autre ?"
Joshua la regarda, irrité. Il ne l'intimidait pas, il semblait même qu'elle riait de lui intérieurement, ne le prenant pas au sérieux, ne s'inclinant pas devant lui, qui lui avait quand même proposé une cigarette. Sa petite amie le tuerait si elle le voyait avec une fille. Il trouvait Alwine à son gout, malgré sa bizarrerie, il aimait les filles étranges. Mais celle ci se moquait de lui et faisait peut-être bien de trainer avec des hypocrites.
Il lisait dans ses yeux clairs qu'elle ne le croyait pas, qu'elle faisait ce qu'elle voulait et que ça n'était pas prêt de changer.
-Tu vas être en retard...tu devrais y aller.
Elle haussa les épaules, à quoi bon ? Elle n'avait pas envie d'y aller, et brulerait les bulletins de colle envoyés à sa grand-mère.
Il tira une grosse bouffée, et souffla sa fumée en direction d'Awine qui apprécia peu. C'était de la provoque, il la prenait pour une imbécile, une fille dans le genre de Clara, ou d'Aubin. Elle se sentait vexée, et elle avait envie de désobéir aux règles qui faisait d'elle un être humain.
-J'adore ton regard...t'es une vraie psychopathe...fit remarquer Joshua
Un sourire ravageur apparut sur le visage d'Alwine. Psychopathe...elle aimait le mot, bien qu'elle se demanda la définition exacte. On l'avait déjà traitée ainsi mais elle savait que les papillons ignoraient souvent le sens de leurs mots.
-Tu me fais penser à quelque chose de malsain...un vampire...ou une louve...
Joshua poursuivait sa description peu élogieuse, qui plaisait à Alwine mais qui l'énervait en même temps. Elle décida de l'interrompre.
-En gros des créatures de Lucifer ! clama-t-elle à sa grande surprise car elle avait parlé fort.
Joshua termina sa cigarette, la lança à terre et en reprit une qu'il alluma avec agilité.
-T'es intrigante et pas comme les autres, c'est tout.
Alwine pencha la tête, souriant. Elle aimait bien ce moment, l'atmosphère était paisible, mais un grain d'animosité amicale voletait autour d'eux. Elle sursauta quand elle entendit la sonnerie du téléphone portable de Joshua. C'était une musique très douce mais dure, le son grésillait tant le volume était fort. Joshua, sans broncher, sortit lentement l'appareil tout en fredonnant (la cigarette toujours en bouche) les paroles de la chanson.
-A little osmosis hurts nobody...nobody...
Pendant ne serait-ce qu'un centième de seconde, Alwine se maudit de ne pas avoir plus étudié ses cours d'Anglais. Joshua fit patienter la personne qui l'appelait rien que pour continuer d'écouter.
-Want you a suspicion of my endorphin baby ? Endorphin baby, endorphin baby...Allô ?
Il entama un dialogue très pimenté :
-Ouais...bah ouais...nan mais...ok...bah tant pis...ouais moi aussi...bye.
"Quelle conversation variée !" aurait voulu s'exclamer Alwine.
Joshua la regarda, Alwine eut l'impression qu'il enlevait tous ses organes, sa chair, ses os, pour ne regarder que ses yeux. Ceux du garçon étaient inquiétant, des années lumières plus que son look.
-Toi à mon avis t'es pas chiante comme ça...tu es...
"Que suis je ?" l'incita Alwine, cherchant un compliment risible et recyclé.
-Indépendante...continua Joshua, sérieux, les yeux enflammés.
Épatée, Alwine sourit sincèrement. C'était magnifique, c'était vrai, ça lui faisait très plaisir. Le vent s'éleva une nouvelle fois, faisant danser les cheveux soyeux de la belle, poussant la mèche de cheveux de Joshua qui l'avait devant l'½il gauche.
-Et voilà l'esprit...souffla le brun.
"De quoi parle il ?" s'enquit Alwine, curieuse. Elle ne le pensait pas romantique, elle avait plutôt l'intuition qu'il était un de ces rebelles écoutant une musique barbare et agissant de façon primaire. Mais elle était mal placée pour juger sur les apparences, elle se sentit soudain papillon, presque honteuse.
Ils se regardèrent tous les deux dans les yeux.
-Tu as un regard félin...murmura Joshua, penchant la tête de façon à ajouter du mystère à son visage à l'aide de ses cheveux.
Alwine fit un sourire perfide, et arqua les sourcils. Elle aimait bien Joshua décidément, et sut immédiatement qu'il était attaché à sa petite amie, ça se sentait, même si celle-ci l'accablait, il y était lié.
Comme s'il se sentait sur le même univers qu'elle, Joshua sortit une photo de son portefeuille en reprenant une cigarette, et la montra à Alwine.
-Ma petite amie...Iola.
Surprise du prénom, Alwine regarda la photo. Josha était dessus, plus jeune, avec les cheveux plus courts, et une bouteille de cidre à la main. À côté de lui, rayonnante de bonheur et d'ivresse amoureuse, une jeune fille, de noir et bleu foncé vêtue. Ils n'avaient pas l'air souls mais ne feignaient pas la malice. Alwine se rappela que l'amour rendait non seulement aveugle, mais aussi bête et à côté de la plaque. Elle se félicita de n'aimer personne.
-Elle est...tellement irréelle. Parfois j'me d'mande où elle va chercher ses phrases, elle est zarbi, et j'ai toute la vie pour la découvrir, même si je sais bien que je la connaitrai jamais totalement.
Joshua, éperdu en pensant à sa petite amie qu'il chérissait, regarda Alwine. Pour la jeune fille, son petit ami aurait été dans la même situation.
-Tu en parles avec beaucoup de sentiments. constata Alwine en se surprenant une nouvelle fois à parler.
-Je l'aime et ce depuis longtemps...même si elle n'a que moi...je dois la défendre contre des connards qui la persécutent...mais elle me défend encore plus...à sa manière.
Haussant les sourcils d'incompréhension et de curiosité, Alwine l'encouragea à continuer. Le jeune garçon mystérieux préféra se taire.
-Laisse tomber Alwine. Les relations sont trop abruptes pour toi.
-C'est sensé. admit l'auditrice.
Elle repensa à Iola et son bonheur évident sur son visage comblé. Connaitra elle un jour ce bonheur ? Elle n'en avait jamais eu envie, mais une brusque impression lui fit comprendre que la question la tiraillait légèrement.
Elle leva les yeux, admira le ciel peuplé de nuages et bleu cyan, puis admira la splendeur masculine qui trônait à côté d'elle.
-Pourquoi refuses tu Antime ?
Ce sujet la décontenançait. Joshua avait des interprétations approximativement semblables aux siennes, sauf au sujet du jeune intellectuel au béret.
-Il n'a pas de cran, il va se débobiner, il croit t'aimer mais il est loin du compte. Son coeur s'effleure en pensant à toi, mais il ne bat pas pour toi.
-Qu'en sais tu ? Demanda Alwine avec une agressivité rare de sa part
Joshua alluma une nouvelle fois une cigarette.
"Ça finira par m'énerver un peu..." pensa la demoiselle d'un air hautain.
Le futur cancéreux (?) tira une longue bouffée qu'il évacua par ses narines fines avant d'affirmer avec conviction :
-Je sais tout. Tout au delà de l'horizon, tout au delà des apparences.
Cette belle phrase eut un léger impact sur Alwine, qui eut enfin de quoi se poser de véritables questions dignes d'un roman sombre à l'eau de rose.
-Je suis content que tu m'aies parlé, Alwine. Je me sens important à tes yeux dès lors.
-Tu n'es pas un papillon.
-Je suis un lynx ibérique.
-Un lynx ... ?

-Un lynx ibérique, ou lynx d'Espagne. Depuis tout petit, je me reconnais en cet animal. Il est en voie de disparition, ce qui me désole chaque jour.
"Drôle d'énergumène !" railla Alwine. "Un lynx espagnol, quoi d'autre ? Une grenouille australienne marsupiale ?"
-Je sais que je ne suis pas "normal" mais me marginaliser me permet d'avancer, avec du recul on apprend à considérer les cons de notre monde, Alwine, ne sois pas transparente, trouve toi, et accepte toi.
Avec une expression butée, Alwine le fixa longuement.
-Que veux tu dire Joshua ?
-Je sais ce que je dis. Tu verras. Jette ce gamin, continue d'aller en classe, n'oublie pas d'aller en classe surtout.
Peut importait qu'ils ne se connaissaient presque pas. Ils ne se sentaient ni connus ni inconnus l'un pour l'autre. De vrais adultes à part tous les deux. Alwine se réjouit et se blâma de cette rencontre pimentée mais inquiétante.
-N'es tu pas à mon lycée ? s'enquit elle pour être sure d'avoir un ½il sur lui.
-Je suis aux alentours, je suis un rôdeur. On se recroisera, ne t'en fais pas. À présent, vas en cours, tu as biologie.
Même si était lui qui avait prononcé cette phrase, il sauta sur ses pieds avec agilité, lança sa cigarette hors de sa bouche d'un coup de langue, et courut tel un chasseur, vers un chemin.
"Trop de paresse pour le suivre, allons en cours" songea Alwine, déroutée par son comportement.
Après avoir marché quelques mètres, elle eut un pressentiment et fit une grimace acide. S'arrêtant, elle se retourna soudainement, mais ne vit et n'entendit rien. Elle reprit sa marche, troublée mais gardant encore et toujours son attitude impassible, marbrée.
Elle arriva au lycée, regarda l'horloge et vit qu'il lui restait une demie-heure avant son cours, Soupirant, elle alla s'assoir sur un muret de pierres et ouvrit son carnet acajou. Elle y mit la cendre de Joshua, récupérée sur sa robe et y écrivit la scène qui s'était déroulée quelques minutes plus tôt. Sa main était très contractée, et ses doigts lui firent mal. Lorsqu'elle releva la tête, Adolphine était devant elle.
-Bonjour. lança simplement Alwine dont la parole s'était décidément réactivée depuis l'épisode Joshua.
-Salut...
La jeune fille s'assit à côté d'elle. Alwine referma aussitôt son ouvrage pour profiter du changement de situation qu'offrait Adolphine. Cette dernière paraissait quand même apeurée par Alwine.
-Dis moi...tu serais pas amoureuse par hasard ? demanda Adolphine.
-Jolies paroles, pour une première approche ! s'exclama Alwine, bassement.
"D'ailleurs, pourquoi n'est elle pas en cours, elle aussi ?" pensa-t-elle.
Adolphine hocha la tête puis la baissa.
-Ouais...je sais que...enfin tu fais un peu flipper, mais vu que t'es la seule à vouloir de moi...on pourrait apprendre à se connaitre non ?
Alwine acquiesça même si elle n'avait pas grande envie de se faire une amie.
-Alors, t'es amoureuse ? s'emporta Adolphine, très excitée par la question.
-Non, pas le moins du monde. répliqua calmement la psychopathe comme disait Joshua.
Et même si elle l'était, cela ne regardait pas Adolphine, pas du tout.
Pour une raison qui lui échappa, Alwine se dressa. Elle tourna la tête, et ne put que voir les souliers d'Antime, qui fuyait dans les couloirs tortueux lycée.

Fin du chapitre 5

Chapitre 5 : Lynx et psychopathe

# Posté le samedi 27 décembre 2008 19:35

Modifié le mardi 20 janvier 2009 11:48

Chapitre 6 : Accident vengé



Quelque part, dans les couloirs froids d'une bâtisse, une jeune fille demeurait plaquée contre le mur, incapable de se défendre ou de se dérober. Un homme la tenait fermement, une main sur les alentours du menton, l'autre rivée sur son serre-taille, tentant de le déserrer. La demoiselle ne semblait pas apprécier ses gestes et regardait ailleurs, attendant que ça passe.
-Alors, comme ça tu aimes les trucs spécials hein ?
"On dit spéciaux" pensa-t-elle, se laissant malheureusement faire.
Le garçon lui tournait autour, la tiraillait depuis un bout de temps déjà, quelques semaines, il tenait à assouvir ses pulsions, ne considérant même pas cette fille comme humaine, pour lui, elle n'était qu'une chose à pervertir, une bête à tester, et rien d'autre. Ils étaient seuls, elle avait eut la malchance de le croiser alors que rien ni personne ne pouvait déranger une souillure, alors il tenait à s'occuper d'elle comme il le voulait.
-Lâche là. résonna une voix furieuse et impérative.
Le vilain tourna la tête, effaré. Il ne l'avait même pas entendu arriver, il devait être trop concentré sur ce vêtement qu'il n'arrivait pas à enlever. Il regarda l'ami de la fille avec haine, le maudissant de ne pas être passé plus tard.
-Quoi, tu veux regarder ? Casse toi !
Fulminant, le concerné se fit encore plus sévère.
-J'ai dit lâche là, ou ça ira très mal.
La jeune fille ne se sentait pas sauvée, juste soulagée, elle fit un demi-sourire à son prince qu'elle connaissait dors et déjà, sachant que son agresseur finirait par partir sans l'attaquer.
-Nan c'est mort elle est à moi ! S'offusqua la brute, qui n'avait pas compris qu'il avait à sa gauche le petit ami de la fille qu'il tenait en main.
Alors, ce dernier, se mit à avoir de légères convulsions, et bougea dans plusieurs sens, sans dévier son regard noir des yeux du filou. Il serra les phalanges, rida ses traits vers le haut de son nez, et claqua des dents. Il fit un pas bestial, et la terreur frappa de plein fouet son ennemi, qui lâcha prise, et s'enfuit, dans les labyrinthes tortueux.
La malheureusement dédommagée, fut cognée contre le mur, poussa un petit cri plus honteux que douloureux, et se redressa, d'un coup, envoyant ses cheveux ondulés en arrière.
-Tu as le don pour te mettre dans des situations dangereuses, Iola...
-Tu as le don pour m'en défaire, Joshua...sourit-t-elle
Ces deux personnes comme vous l'avez compris étaient ce couple si parfait qu'aucun roc, qu'aucune mer, qu'aucune explosion ne parviendrait à détruire.
Joshua enlaça de façon sensuelle sa bien-aimée et frotta ses lèvres contre le profil de son nez. Iola passa ses doigts fins dont les ongles étaient peints en bleu foncé dans les cheveux de l'être qui comptait plus que sa vie.
-Ils ne tarderont pas à redevenir gris...objecta-t-elle, prenant une mèche de cheveux et la malaxant sur sa joue.
-C'est vrai...admit Joshua qui savait pertinemment de quoi voulait parler la jeune fille.
-Tu as rencontré quelqu'un aujourd'hui pour me parler tant peu au téléphone ?
-J'ai vu Alwine, tu vois qui c'est n'est ce pas ?
-Quand compte-t-elle s'apercevoir qu'elle ne peut pas se contenter de vivre ainsi ?
-Je sais qu'elle le découvrira, tôt ou tard. Ne parlons plus d'elle.
Il baisa le cou pâle et délicat de son âme s½ur, tandis qu'elle passa sa main droite sous son manteau noir de jais.
Pendant ce temps, Alwine cherchait Antime dans les couloirs afin de lui expliquer qu'elle n'était pas amoureuse de lui et que vu qu'il voulait cacher leur amitié, ça n'allait rien arranger.
Alors qu'elle marchait, Aubin était dans sa salle et avait cours de Sciences et vie de la terre. Il s'ennuyait à mourir, et regarda par la fenêtre. Il vit Antime dans un drôle d'état, qui signifiait la déception. Puis il entendit un trot bien particulier, qu'il avait déjà entendu. Il laissa l'enfant un moment pour tenter de regarder à travers l'entrebâillement de la porte, sans succès vu que celle-ci était fermée. Il leva la main.
-Je peux aller aux toilettes M'sieur ?
Le vieux professer acquiesça, tripotant sa moustache éc½urante. Aubin se précipita hors de sa salle de classe sous les éclats et remarques osées de ses camarades.
Lorsqu'il sortit, il tomba nez à nez avec Alwine, dans le sens propre du terme étant donné qu'ils se rentrèrent dedans. Alwine se releva, mis sa main contre son nez en jurant mille et uns noms d'oiseaux en son for intérieur avant de continuer à marcher.
Aubin, sous le choc, resta bouche bée. Il n'en revenait pas, il se demandait s'il avait mal ou s'il allait bien. Désespérément secoué, il jeta à Alwine :
-Tu cherches ton môme ?
Alwine se retourna, du sang dégoulina de ses doigts.
-Qu'avez vous donc tous à l'appeler comme ça ? Riposta-t-elle
-Beh, il est petit, et il est pas pubère, c'est tout. Fit Aubin d'un ton détaché, regardant le plafond qu'il croyait voir bouger.
Alwine voyait bien qu'Aubin avait été sonné par cette intersection brutale. Elle semblait hésiter.
"Si j'ai bon, c½ur, je l'emmène à l'infirmerie"
Elle le regarda une nouvelle fois, puis rit. Elle s'en alla à bon train, le laissant dans le couloir.
Elle ignorait qu'il était sur le point de s'évanouir. Elle alla dehors pour retrouver Antime.
Elle le vit adossé à un arbre, le visage contracté. Lorsqu'elle le rejoignit, Antime eut un mouvement de recul, blessé.
-Tu ne m'aimes pas ?
Alwine soupira, elle n'aimait décidément pas qu'on lui pose des questions, surtout sur l'amour.
-Qu'est ce que j'en sais ?
-Bah...tu devrais savoir pour qui tu as des sentiments !
Alwine baissa la tête, mais pas les yeux, qui lui firent mal.
-Je n'ai jamais éprouvé de sentiments de ma vie.
Antime la regarda, il aurait voulu la toucher, sentir sa peau contre la sienne, juste un contact, un toucher, mais il se garda de le faire.
-Je sais que c'est nul de cacher aux autres qu'on s...s'entend bien, entama-t-il avec timidité, mais...comprends moi...
Alwine releva la tête et tenta de prendre une pose tranquille comme Joshua. Antime lui prit la main, qui était plus longue que la sienne. Alwine frémit mais ne fit rien.
Elle ne savait pas qu'au loin, une lueur dévastatrice clignait, les regardant tous les deux.
Clara fixait Alwine avait haine, dont même la raison en elle-même n'aurait pu déceler le motif...
Au même instant, Iola était sur le ventre, un coude sur les draps, la paume de la main sur le menton, les yeux baissés et rivés sur son amant. Il dormait totalement courbé, il avait l'air désarticulé, les bras pliés en avant. Iola passa sa main dans les cheveux aux reflets alors gris de Joshua avec tendresse.
-Mon pardinus a encore des soucis, je le sens encore plus quand il dort.
Joshua avait les yeux légèrement ouverts, ils avaient l'air très blancs -ce qui pouvait inspirer l'horreur- et les lèvres entrouvertes mais bougeant, il était en pleine période de rêve. Ses mains remuaient faiblement aussi, ses pieds également.
Iola repensa à Alwine. Ça faisait déjà un bout de temps qu'il envisageait de lui parler, Joshua avait une perspicacité des plus affolantes, et avait décelé une bonne partie de la personnalité d'Alwine, chose qu'aucune autre personne n'aurait pu faire.
Iola rosit en pensant qu'elle était la seule à ne pas être examinée par Joshua. Chez eux, c'était l'inverse : il avait énormément de mal à savoir ce qu'elle pensait ou ressentait, par contre, elle, lisait en lui comme elle lisait un parchemin. Iola avait une façon de penser et un style vestimentaire particuliers : Aimant beaucoup l'époque médiévale, elle en avait les vêtements, en foncé (ressemblant au gothique médiéval). L'art de ses pensées n'était pas descriptible : elle était imprévisible.
Elle avait une tête de lynx tatouée à côté du nombril. Elle se redressa pour l'admirer encore, tant il ressemblait à l'animal de ses pensées et amours. Elle prit un petit carnet à dessin et y marqua un profond poème qu'elle déchira en morceaux et éparpilla sur la peau nue de Joshua, qui s'éveilla.
-Surprise ! Fit elle, enjouée.
-Qu'est ce que tu m'as encore fait, espèce de frappée ! Grommela-t-il tout en l'embrassant sur le menton.
Il trouva les vestiges de la poésie et les assembla.
-Alors, ça y est, tu as trouvé pour Alwine...
La sonnerie retentit dans l'établissement, et Alwine dut aller en biologie, ce qui ne la dérangeait pas. Le cours se déroula tranquillement, elle ne savait pas quoi faire avec Antime, elle avait l'impression que ses pensées s'étaient brouillées depuis que Joshua avait affirmé qu'il la trahirait...mais de quelle manière ?
L'odeur dans la salle était alléchante, Alwine se demanda pourquoi. Elle repensa au vent qu'elle avait mis à Aubin, avec un bref sourire narquois. Elle n'avait pas peur des représailles, elle était sûre qu'il irait pleurer dans les jupes de Clara.
Elle pensait souvent aux paroles de Joshua, qui étaient de loin les plus intéressantes qu'on ne lui avaient jamais dites. Psychopathe...en quoi était elle une psychopathe ? Elle était marginalisée par les autres mais ne serait pas capable de tuer, un papillon ne dure jamais bien longtemps. Elle sentait bien que sa vie évoluait ses derniers temps, entre ses sentiments presque disparus envers Antime et cette rencontre avec Joshua...
Elle ignorait que pendant ce temps, un garçonnet coiffé avec un béret avait de sérieux ennuis...par sa faute ?
Dans un couloir du sous sol du lycée, Aubin tenait fermement Antime, qui tremblait.
Aubin avait très mal pris la désertion d'Alwine, il avait été seul lors de son malaise, et avait une forte douleur à la tête. Il était très susceptible, et avait pris la fuite d'Alwine pour un affront, une déclaration de guerre. En plus, elle l'avait quitté en riant, pour retrouver Antime. Elle devait payer.
-Tu ne l'approches pas, c'est clair ? Menaçait le jeune athlète
-Mais, je...
-Cette fille est pas normale, et t'as intérêt à pas la fréquenter ok ? Sinon ça bardera pour toi, je suis le dieu vivant des lycéens, je pourris une réputation en une heure !
-Pourquoi tu t'acharnes sur elle ? Couinait Antime, ne comprenant pas
-Parce qu'elle est folle, elle n'a pas peur de me défier, mais moi et Clara on va lui régler son compte !
Il montra une cicatrice due à sa malheureuse rencontre.
-Tu vois ça ? C'est elle qui me l'a fait ! Elle m'a même pas aidé, que dalle ! J'ai fait un malaise à cause d'elle !
-C'était peut-être pas de sa f...
-Ta gueule gamin, je vais m'occuper de cette sorcière, et si tu t'y mets, tu peux dire adieu à ce lycée !
Il lança Antime vers un casier, pour le blesser, parce qu'il souffrait de sa blessure et de son égo.
Antime se reçut plutôt bien, horrifié. Que devait il choisir ? Alwine ou la tranquillité ? Il hésita pendant de nombreuses minutes, et prit en compte les dernières paroles qu'avait prononcées la jeune fille. Une larme coula sur sa joue.
"Donc, n'oubliez pas, Vendredi, de ramenez vos blouses pour le TP !" lança la prof, s'apercevant que la fin de son cours était proche.
Alwine fronça les sourcils. Elle détestait enfiler cette fameuse blouse, elle était mal taillée et trop courte, ses vêtements dépassaient et un jour, elle avait tâché une tunique à cause d'un liquide dont elle avait oublié le nom.
Elle nota dans son agenda la blouse à ramener, mais pas le travail qui était à faire. Elle ne savait même pas en quoi consisterait le Travail Pratique.
Quittant la salle à bonne odeur, elle se rendit compte qu'elle avait faim, alla donc à la cafétéria, ne vit pas Antime qui était sans doute rentré chez lui, mais trouva Adolphine, qui mangeait seule elle aussi.
-Je peux manger avec toi ? Demanda la jeune mal dans sa peau
Alwine inclina la tête, et toutes deux s'assirent à la même table. Elles mangeaient sans se parler, mais appréciaient de ne pas ingurgiter la nourriture fade de la cantine seules.
Tout à coup, un cercle d'élèves se fit tout autour de leur table, dont Aubin était le maître. Sa revanche était prise, en tout cas elle était sur le point de l'être.
Alwine leva son regard vide et doux vers Aubin, en le fixant. Elle sentait qu'il perdait un peu ses moyens, mais qu'il était sur les nerfs. Adolphine, de nature nerveuse, se mit à stresser, elle frotta ses mitaines avec effroi. On aurait dit un film d'horreur, quasiment tout le monde était là.
"Même cette murène de Clara" Pesta Alwine si elle avait pu.
Aubin passa une main dans ses cheveux blonds bouclés d'ange, il exultait de voir Alwine dans un état pareil, il ne faisait pas attention à la suicidaire, qu'il considérait inexistante. Seule comptait Alwine qui avait osé le laisser faiblir par terre, pour retrouver un garçon puérile ! La rage l'envahissait, il comptait bien rendre à Alwine la monnaie de sa pièce...

Fin du chapitre

Chapitre 6 : Accident vengé

# Posté le mercredi 21 janvier 2009 08:02

Modifié le samedi 31 janvier 2009 17:00

Chapitre 7 : Intimidations



-Quel est le problème ?
Demanda Alwine franchement, d'un ton détaché qui énervait l'enragé.
Aubin passa la main dans ses cheveux blonds de Cupidon pour se donner du courage et commença son crachat de venin :
-Le problème ? T'es pas une fille normale, t'as rien à foutre ici ! On est dans un lycée normal, on veut des gens normaux ! On t'a toléré jusque là mais tu fais rien pour qu'on t'accepte, alors on te rejette !
Alwine fit un petit sourire. Qu'il était un imbécile, un conformiste abjecte. Elle n'avait pas l'intention de sa laisser faire, quitte à utiliser ses cordes vocales pour l'apeurer.
-TU me rejettes. Les autres ne sont que des papillons.
-Des papillons ? Arrête de te foutre de nos gueules ! S'énerva encore plus Aubin.
Adolphine était apeurée, elle tremblait devant tout ce monde qui regardait le duel avec adrénaline. Alwine restait calme même si elle se sentait bien éveillée. Elle ne regrettait pas du tout de ne pas être venue en aide à Aubin, ce n'était que justice.
-Vous savez ce qu'Alwine fait lorsqu'elle tombe par terre ? Elle regarde les cailloux ! Clama Aubin
Des gloussements se firent entendre. Alwine commença à éprouver un sentiment étrange...l'orgueil.
-Et vous savez pourquoi elle est comme ça ? Son père est mort d'une crise cardiaque, il a clamsé parce que sa fille était affreuse, alors elle se sent proche de la mort, regardez ! Poursuivit il en saisissant le pendentif en forme de cercueil de la jeune fille. Elle se la pète avec ses vieilles fringues mais elle s'est trompée d'époque ! Je suis sûr qu'elle est vierge ! Et pédophile en plus de ça, vous savez qui l'attire ? Ce petit merdeux d'Antime !
L'ensemble des personnes présentes fit des "ooooh" et des "hahnnnn" palpitants.
Aubin était fier de lui. Au fond, une voix lui disait qu'il était bête et méchant mais il s'en fichait, Alwine devait être ridiculisée, elle s'était moquée de lui, et devait en payer le prix. Clara le regardait d'un air satisfait, rassuré de l'ampleur de la popularité de son chéri.
Alwine encaissa les mots, glaciale. Personne n'avait parlé de la mort de son paternel auparavant, personne. C'en était trop. Elle voulut se lever mais remarqua Antime à la fenêtre et le supplia du regard. Les yeux remplis de douleur morale, elle le vit, doucement, s'éloigner, rentrer chez lui, l'abandonner.
"Traître ! Joshua avait raison..." Avoua-t-elle, souffrante.
Adolphine prit alors la parole.
-Laissez là tranquille, elle a rien fait.
-Elle m'a frappé tout à l'heure et je me suis évanoui ! Cria Aubin, montrant sa fameuse bosse.
-Il en faut peu hein ! Répliqua Adolphine.
Quelques moqueries atteignirent Aubin, révolté. Il toisa la rebelle.
-Va te suicider toi, tu sers à rien.
L'ambiance devint encore plus austère après ces paroles qui signifiaient beaucoup de choses pour certains élèves.
Vexée, Adolphine se tut, ses ongles aux dents.
Alwine était pétrifiée, elle repensait à son père. La pâleur habitait son visage, elle avait l'air d'un cadavre. Le silence était presque là tant elle faisait peur.
Aubin, effrayé, décida d'intervenir. Il agrippa les joues rebondies d'Alwine pour la faire se relever, et la pincer. Il avait envie de la secouer, de la remuer pour que les réactions normales l'envahissent. Il voulait qu'Alwine devienne comme les autres, car elle était ridicule et si mal habillée, ce qui la rendait inférieure à tout le monde. Aubin pensait être trop gentil en s'occupant d'elle. Il resserra ses doigts sur les paumes d'Alwine.
Elle n'eut aucune réaction, encore sous le choc des mots si durs qu'elle avait entendus.
-Tu as peur hein, sale folle dingue ! Lança-t-il sous un ton dévastateur.
Il demeura perplexe en voyant le visage d'Alwine se dégrader d'expressions, c'était comme si c'était un masque de carnaval qu'il tenait entre ses mains tant elle avait le regard dépourvu d'émotion, livide, non émotif.
"Elle est tellement...superbe" Dit un murmure au fond de lui "Si on enlève ce style dépassé et cet air démoli" se ressaisit il.
Les yeux dans les yeux, la répulsion d'un côté, le dégoût de l'autre, la lumière en face de l'ombre, le loup en train de tétaniser l'agneau, ils étaient là tous les deux, en plein combat froid et profond.
Clara fixait Alwine avec la même fureur que tout à l'heure. Aubin avait raison sur son compte, elle en était persuadée. À côté d'elle, sa meilleure amie pour ainsi dire, était paralysée par l'impatience de la suite des choses.
Pendant longtemps, Alwine et Aubin restèrent comme cela, Aubin tenant Alwine les deux mains plaquées sur ses joues, Alwine pendante et presque sans vie. Les papillons finirent par voler ailleurs, il ne resta plus qu'Adolphine et Clara autour d'eux. Cette dernière finit par briser la glace.
-Je crois que tout le monde a compris, Aubin. Fit elle sèchement
À la voix de sa poupée, Aubin réagit immédiatement. Il lâcha Alwine qui retomba sur ses sandales avec un petit bruit mou, les joues rosies par la chaleur rare d'une autre peau.
-Désolée ma belle, elle me foutait la trouille cette...
-Ouais j'ai compris, tu sais on devrait aller en cours maintenant !
Aubin baissa la tête et pesta des mots inutiles ou juste aptes à râler. Clara faisait la tête, il la trouvait bizarre depuis quelques temps, ça l'attristait. Il ferait mieux de rester tranquilles quelques temps.
-Alwine ? S'inquiétait Adolphine
Alwine n'en revenait pas d'avoir été provoquée, trahie, et touchée dans un aussi court laps de temps. Surtout par le plus grand des crétins, Aubin, dont la rime du prénom avec l'adjectif n'était surement pas anodine.
Elle remercia son amie du regard pour l'avoir défendue, ou du moins, tenté de la défendre.
Elle se tâta les joues, elle aurait voulu se les arracher. Sa cicatrice était brûlante ! Elle ne pensait pas qu'Aubin pouvait lui faire autant de mauvaises choses. Elle n'avait envie que d'une seule chose : voir Joshua pour être prévenue à nouveau, et cette fois ci, d'y croire.
Adolphine était assez perplexe sur ce qui venait de se passer. Elle aurait juré voir autre chose que de l'animosité dans l'atmosphère. Elle soupira.
"Qu'est ce qu'il est beau Aubin, mais qu'est ce qu'il est con..."
Elle tira son amie par le bras qui eut peu de réaction, ce qui entraîna sa compassion.
-Alwine fais pas gaffe à ce qu'il a dit. T'es une fille très bien, tu es juste pas comme les autres !
-Je pensais qu'il...
-...était seulement très stupide et pas vache ? T'en fais pas va, il ira pas bien loin !
Alwine fut assez rassurée de la présence d'Adolphine. Pour la première fois, une présence féminine la comprenait. Mais le souvenir de la perte de son père était insupportable. Pouvait elle continuer à regarder Aubin normalement maintenant ? Ou devait elle se venger à son tour ?
"Alwine, ne sois pas transparente, trouve toi, et accepte toi." Disait Joshua.
"Il faut que je le retrouve, il le faut !" Se promit elle.
-Bon, allez, on a Maths, on devrait se grouiller !
-Sans moi, je rentre.
Adolphine ne voulait pas qu'elle parte.
-Ils ne vont pas te laisser sortir alors que tu as cours !
-Je sais comment faire. Répondit Alwine avec dédain. Mer...ci encore.
Elle fit un sourire en guise d'au revoir, puis se dirigea vers l'infirmerie. Lorsqu'elle entra (sans frapper), l'infirmier -assez beau- s'écria d'une voix naturelle.
-Mais quelle tête tu as ! Assieds toi allonge toi, je vais t'apporter de l'eau !
Alwine se vexa un peu, mais profita de l'absence temporaire de l'homme pour mettre son plan à exécution. Elle ouvrit la fenêtre, puis s'y faufila, donnant sur l'extérieur près de la forêt. Elle respira l'air pur, remplissant ses poumons d'une nouvelle volonté.
"À nous deux, Joshua !" Se dit elle avec volonté.
Elle se souvint de l'endroit où elle l'avait rencontré et s'y dirigea. Elle croisa se marraine, une certaine Hadile.
Hadile était une ancienne camarade de classe des parents d'Alwine, restée en contact avec eux depuis. Alwine l'aimait peu mais l'admirait au fond, Hadile était un exemple à suivre. Libre, indépendante, de bon conseil...comme une mère célibataire.
Hadile s'arrêta à la vue de sa filleule, et lui fit la bise d'une mine inquiète.
-Ça me fait plaisir de te voir mais tu n'as pas cours ?
-J'ai quitté tôt. Mentit Alwine avec naturel implacable
-C'est bien ça, même si c'est surprenant ! Un prof absent ?
Alwine hocha la tête. Elle mentait aussi bien qu'elle mangeait : beaucoup, voire trop.
Hadile fit une mimique surprise et peu convaincue, puis s'attarda sur la réelle présence d'Alwine.
-Que vas tu faire par là ? Ce n'est pas vers chez to...ta grand-mère !
Alwine sourit, elle lui faisait vraiment penser à une maman.
-Je dois rejoindre un garçon. Fit elle pour évoquer de grands soupçons.
Ça ne manqua pas. Sa marraine ouvrit de grands yeux surpris, de joie.
-Un garçon ? Tu as un pe...
-Peut-être plus tard, si je le rejoins.
-D'accord, j'y vais alors. Contente de t'avoir vue !
Hadile commença à s'éloigner, Alwine se demanda si ce n'était pas un prétexte pour partir. Elle haussa les épaules, et continua sa route en remontant un peu sa jupe.
Soudain sa marche se brisa. Elle avait aperçu Antime, partit de chez lui pour revenir en cours. Lui aussi s'arrêta, désolé, sincère.
Ils n'avaient pas mot à dire : Alwine avait toujours le même regard, vide, mais son attitude ne voulait dire qu'une seule chose : PLUS RIEN À JAMAIS.
Antime se mordit la lèvre supérieure pour ne pas pleurer. Déjà fini alors qu'à peine commencé...il maudit Aubin, qu'il le maudit...
-Je suis désolé ! Lança-t-il la voix tremblante.
Aubin lui avait interdit de parler de leur entrevue, il était coincé. Il s'enfuit en courant.
Au bord de l'énervement, Alwine continua son pas décalé habituel, pour retrouver "le coin Joshua".
Elle se posa contre l'arbre et se remplit aussitôt de l'atmosphère d'avant, l'odeur forte de tabac était même encore là, faible mais présente.
Elle attendit 16 minutes et 18 secondes avant d'entendre un frémissement. Elle repensa au chien qui était en face d'elle lorsqu'elle s'était endormie dans la forêt, le bruit y ressemblait assez.
Joshua arriva, sans cigarette, la bouche étrangement avancée.
"Que peut il bien faire de ses journées, s'il ne va pas en cours ?"
-Salut Alwine...alors, ce cours de Sciences ?
-Pas mal... Fit la jeune fille qui s'en fichait mais qui se rappela la bonne odeur de la salle.
Elle fixa le garçon qui avait l'air très insistant.
-Retourne en cours vendredi, d'accord ?
-Pourquoi donc ?
-Tu verras va !
-Je n'aime pas les mystères.
-Alors tu seras déçue si tu restes ici.
Vaincue, Alwine se tut. Elle cassa du sucre sur le dos de Joshua intérieurement.
"Il n'est pas un papillon lui, c'est une chenille féline !"
-Je veux simplement t'aider à te découvrir...
-Crois tu que j'en ai besoin ?
-Ça oui...souffla Joshua avec un grognement significatif.
-Et en quoi ?
-Tout comme moi, tu as quelque chose qui n'est pas normal, mais tu dois le savoir, pour mieux vivre, et faire avec.
Peu surprise des paroles qui étaient le genre de Joshua, Alwine se moqua de lui.
-La chose anormale pour le moment, c'est que tu ne fumes pas de Gitanes.
-Pas besoin pour l'instant.
"Comment ça ?!" S'étonna Alwine. "Un fumeur a toujours besoin de cigarettes !"
-Mais tu vois, Alwine, tu n'as pas le même syndrome que moi ni de mon amour, toi c'est différent comme ça l'est pour Iola et moi.
Alwine se remémora le visage de Iola. Elle baissa la tête, trouvant l'intérêt de Joshua pour elle merveilleusement enviable.
Elle ne se posa pas trop de questions, elle se sentait très bien, très sereine, surtout après la scène avec Aubin.
-Alors, enfin rompu avec le gamin à ce que je sens ? Es tu remplie de peine ? Tu étais prévenue pourtant.
Le ton dérisoire et pourtant plein de respect de Joshua énerva Alwine.
-Pense tu tout savoir ? Qui es tu pour oser te mettre dans ma vie et décider telle ou telle chose ?! S'indigna-t-elle cette fois sans se surprendre de sa voix haute
-Je ne décide pas, je suis juste le messager de ta vie.
-Qu'est ce que je suis pour toi ? Un...spécimen ?
-Une psychopathe refoulée.
Sa franchise était assez choquante. Joshua fit un sourire terriblement ardent, sans regarder Alwine. Ses yeux s'allumèrent, et Alwine constata que sa bouche avait repris un volume normal. À cet instant, elle le trouvait tellement beau, il avait l'air beaucoup plus vivant que la première fois. Là, il était au naturel, il avait de la classe, il était propre à inspirer des intentions non honorables, mais qui le seraient tout de même.
-Que dois je faire ?
-Aller en cours vendredi.
-Et pour Aubin ?
Ses sourcils étrangement grisés se froncèrent de colère.
-Qui ?
Alwine fut frappée par son ignorance, surtout qu'il avait l'air de détester ignorer quelque chose.
-Tu ne connais pas Aubin ?
-Décris le moi.
-Grand, blond, yeux turquoise. Ça va mieux ?
-Vaguement...
Mine de rien, Joshua ne cernait pas Aubin, et ça le perturbait.
-Il veut mettre tout le monde contre moi.
-Il cessera bientôt.
-Quand je me serais découverte ?
-Exactement.
Ils se regardèrent. Alwine se sentit vivante à sa vue, à sa présence, à son écoute.
-Comptes tu me faire lire un jour le contenu de ton carnet ?
-Hors de question.
-Tu n'as pas de coeur, Alwine.
Alwine se mit à éclater d'un petit rire supérieur.
Joshua le reçut comme un éclair et illumina sa lanterne.
-Aubin...je le vois bien maintenant...sois prudente, il est nocif pour toi, très nocif.
-Il m'a déjà fait mal.
-Tu lui affliges bien plus de souffrances qu'il ne t'en provoque, crois moi.
L'idée même de cette vérité fit atteindre Alwine un ciel très haut, particulier.
-As tu eu une seule fois tort dans ta vie ?
-Jamais. Ça me tue.
-Depuis quand sais tu ces choses sur moi ?
Il prit un air embêté, comme si c'était un secret.
-Depuis que je t'ai vue, voilà tout !
Il prit soudain une cigarette, agacé. Alwine choisit d'explorer le sujet.
-Quand m'as tu vue ?
-Je ne sais pas !
-Pourquoi réagis tu comme ça, toi qui es si calme ?
-Moi, calme ? Tu ne me connais pas !
-Peut-être qu'un peu, non ?
-Seul l'être qui partage mon âme me connait, et de loin.
Alwine soupira, il n'y avait rien à tirer de lui. Elle se palpa les joues qui étaient restées chaudes.
-Des mains agiles, mais traumatisantes n'est ce pas ?
Joshua était redevenu lui-même.
Alwine préféra ne pas penser aux regards échangés avec Aubin tant la blessure faite par la mort de son père était vulnérable.
-Que dois je faire ?
-Aller en cours vendredi.
"Assez de cette réponse..."
Joshua fumait avec de plus en plus de calme. Son besoin tantôt absent tantôt puissant pour ses Gitanes était mystérieux, tout comme lui.
-Quel jour sommes nous ?
-Aucune idée.
Alwine fut remplie d'émotions, dont l'ironie. Joshua également, et émit un petit rire stressé. La jeune fille se laissa glisser, lessivée par tant de sensations, contre l'arbre, tout doucement. Elle était lasse, exténuée d'avoir ressenti autant de choses dans la même journée, et d'en avoir apprises de si particulières. Elle avait hâte et en même temps appréhendait le vendredi dont Joshua parlait avec tant d'insistance.
Elle ne sursauta même pas quand le jeune homme posa sa tête contre son épaule. Ce contact la rassura tout en la troublant. Trop affaiblie en sentiments, elle s'endormit.
À son réveil, il avait disparut, il faisait nuit, et elle sentit qu'on lui avait touché le visage.
Maugréant contre le fait de s'endormir, elle se releva.
Et elle aperçut, sur un muret près d'elle, LA fille dont Joshua parlait avec tant de force dans les sentiments.
"Iola..."
De son côté, Aubin restait chez lui, cloîtré. Clara entra dans sa chambre et s'assit à côté de lui, froide.
-T'avais besoin d'en faire autant ?
Aubin baissa les yeux, Clara le dominait et ce depuis quelques mois, il avait perdu le contrôle de lui-même et se sentait faible, nul, car il fallait l'être pour être à ce point dirigé par sa copine.
-Tu es un idiot Aubin !
-Je la hais. marmonna Aubin
-Elle me fait penser à cette fille avec qui tu m'as trompée, dans l'esprit tordu !
"Et merde !" Pensa Aubin, cramoisi. Les larmes lui montèrent presque aux yeux.
-Quelle importance.
-C'est ça oui !
"Oh et puis merde, je vais pas la laisser m'engueuler !" Se ressaisit il
-Ta gueule Clara, Bambou était une erreur, Alwine n'est rien à part un truc dérangeant ok ?
Les paroles types d'Aubin rassurèrent Clara qui posa sa main sur son épaule et qui partit de la pièce pour aller aux toilettes.
Aubin sortit une photo du tiroir de sa commode, et se recroquevilla sur lui-même, la photo contre lui, tel un petit enfant.
-Pourquoi...pourquoi toi...c'est pas juste...
À qui ces paroles étaient destinées ? Seul Aubin le sait.


Fin du chapitre

Chapitre 7 : Intimidations

# Posté le samedi 24 janvier 2009 19:26

Modifié le vendredi 13 février 2009 18:18